Dépendances – 2e partie : Prendre soin d’autrui et façons malsaines d’aider et d’offrir du soutien

Il n’y a rien de joyeux dans le fait de vivre avec une dépendance à l’alcool ou aux drogues. Il n’y a également rien de joyeux dans le fait d’être l’aidant d’une personne qui souffre de dépendance. La dépendance pourrait coexister avec un autre problème (c’est-à-dire que la personne que vous aidez souffre en même temps d’un problème de santé ou d’un trouble mental) ou la personne pourrait aussi souffrir d’une autre blessure physique ou d’une maladie en plus de la dépendance. Comme nous l’avons souligné dans l’article Dépendances – 1re partie, les substances peuvent avoir été consommées pour s’« automédicamenter » ou pour traiter une douleur physique, mentale ou émotionnelle.

 

La consommation et l’abus de substance peuvent coexister avec l’ESPT, le traumatisme crânien et la douleur chronique, pour ne nommer que ces troubles. Il est important que cette personne sollicite une aide médicale. Tous ces troubles doivent être traités par un professionnel de la santé. Ce serait un euphémisme de dire que les dépendances aux drogues et à l’alcool causent énormément de douleur et de souffrance à toutes les personnes touchées. Les dynamiques relationnelles sont sans aucun doute compliquées.

Quelles sont les conséquences pour vous en tant qu’aidant?

À tout le moins, vous vivrez un stress accru et de l’anxiété. Vous pourriez vous demander si le rétablissement est possible. La réponse courte est oui. Mais vous pourriez attendre longtemps avant que la personne dépendante entreprenne des démarches pour guérir. En vérité, il n’y a aucune garantie qu’elle entamera un processus de rétablissement. Vous avez probablement déjà réalisé que vous ne pouvez pas forcer quelqu’un à se faire soigner. En fait, vous vous êtes peut-être déjà épuisé à essayer de gérer la vie de cette personne jusque dans les moindres détails.

Lorsque la personne que vous aidez souffre de dépendance, il y a un risque que vous franchissiez une ligne et que vous lui donniez plutôt des moyens de continuer à être dépendante au lieu de la soutenir. Ce risque est lié au concept de la codépendance. Ce terme a d’abord été utilisé dans les années 1950 lorsque les thérapeutes qui traitaient des patients qui souffraient de dépendance à l’alcool ont remarqué qu’un proche ou un conjoint aidait leurs patients à continuer leur comportement de dépendance en donnant à la personne dépendante les moyens de le rester. À ce jour, personne ne s’est entendu sur une définition ou sur le diagnostic de la codépendance, le terme est donc devenu très populaire et utilisé à outrance si bien que le simple fait d’aider peut parfois faire qu’on nous accole l’étiquette de « codépendance »! Une façon moins critique et plus bénéfique d’explorer les idées intégrées dans le concept de codépendance est d’étudier ce que nous considérons comme les « façons saines et malsaines d’aider et d’offrir du soutien* ». La Dre Shawn Meghan Burn décrit certains des exemples classiques de « façons malsaines d’aider et d’offrir du soutien ».

« Façons malsaines d’aider et d’offrir du soutien »

  • « Assumer les conséquences négatives des autres »

Ceci se produit lorsque nous sauvons les autres d’une situation dont ils sont responsables. Ce faisant, nous empêchons la personne de faire l’expérience des résultats ou des conséquences de son comportement. Les exemples comprennent : payer les amendes, les frais juridiques, l’augmentation des primes d’assurances et ainsi de suite.

  • « Accepter les excuses bidon des autres »

Cela se produit lorsque nous acceptons les justifications et les explications de cette personne pour son comportement. On le fait pour préserver l’harmonie, car si vous remettiez en question les excuses de la personne pour son comportement, celle-ci pourrait mettre en doute votre amour ou votre loyauté.

  • « Inventer des excuses bidon pour les autres »

Ce point ressemble au précédent, mais cette fois-ci, vous êtes la personne qui tente de défendre la personne que vous aidez afin de justifier son comportement. Encore une fois, comme accepter les excuses, en formuler est souvent vue par les aidants comme une expression de leur loyauté.

  • « Protéger les autres en mentant pour eux ou en effectuant leur travail »

Ce point n’a pas besoin d’explication. Avez-vous pris l’habitude de protéger la personne qui souffre de dépendance ou de mentir pour elle?

  • « Faire fi des limites transgressées et des ententes non respectées »

Dans les relations d’aide et de soutien dysfonctionnelles, l’aidant établit des limites (par exemple : « si je rentre du travail et que tu es ivre, je te quitte ») ou la personne qui souffre de dépendance fait des promesses (par exemple : « je vais demander de l’aide demain »), mais personne n’agit.

  • « Accommoder les comportements malsains des autres »

La Dre Burn décrit ceci comme le fait de combler des « besoins fabriqués », c’est-à-dire des besoins qui n’existeraient pas si la personne se faisait soigner ou si elle respectait un plan de traitement (bien que ce point soit applicable aux dépendances, il s’applique aussi aux maladies mentales et physiques et aux blessures qui sont mal prises en charge). Les accommodements pourraient comprendre le fait d’approvisionner la maison ou de conduire la personne pour qu’elle puisse se procurer de la drogue ou de l’alcool.

En résumé, les comportements qui permettent à quelqu’un de consommer sont ceux qui renforcent la dépendance. Si la personne dépendante ne subit pas de conséquences, elle a moins de motivation et de mesures incitatives pour solliciter de l’aide. Prodiguer des soins à quelqu’un qui souffre de dépendance peut vous épuiser et pourrait avoir des répercussions sur votre propre santé mentale et physique. Vous avez peut-être essayé de contenir ou de gérer la dépendance aux dépens de vos propres santé et bien-être.

Quoi faire maintenant?

Il est essentiel d’évaluer votre comportement d’aidant sans vous critiquer. Pensez à comment une tante, un oncle ou un ami cher rempli de bonté réagirait à votre comportement d’aidant. Il s’agit de relations complexes et, si vous suspectez ou savez que vous avez agi d’une façon qui a favorisé la dépendance, ce n’est pas parce que vous êtes condamné à être un « codépendant ». Cette étiquette est uniquement utile, comme le souligne la Dre Burn, si elle vous permet de « comprendre et de changer vos comportements et vos choix malsains. »

Veuillez aussi garder en tête que votre intention originale est de soutenir et d’aider quelqu’un. Le fait que vous avez franchi la ligne entre « façons saines d’aider et d’offrir du soutien » et « façons malsaines d’aider et d’offrir du soutien », ou d’aidant à facilitateur, ne change en rien vos bonnes intentions. Vous ne saviez peut-être pas comment faire ou agir différemment. Veuillez songer à lire l’article Dépendances – 3e partie pour en apprendre sur les « façons saines d’aider et d’offrir du soutien ».

Vous savez sûrement déjà que lire un article n’est pas suffisant et que vous aurez besoin d’aide et de soutien professionnels pour faire des choix plus sains afin d’aider quelqu’un qui souffre de dépendance. Vous trouverez des liens vers des ressources et des groupes de soutien dans l’article Dépendances – 1re partie.

*Si vous désirez en apprendre davantage sur les raisons qui font qu’il est si difficile d’établir des limites ou des restrictions et si vous désirez connaître davantage de stratégies et de suggestions sur la façon d’établir ces limites, consultez le livre (en anglais) de la Dre Burn :
Unhealthy Helping: A Psychological Guide to Overcoming Codependence, Enabling & Other Dysfunctional Giving, 2016.